Vendredi 16 février 2007

Texte paru dans le Monde des livres du 16 février 2007

Depuis quelques années, Caroline Fourest menait combat contre les intégrismes. Percutante et précise, elle débusquait et dénonçait les obscurantistes de tout poil - chrétiens, juifs et surtout musulmans - qui menacent, de manière virulente ou plus feutrée, la démocratie et le contrat social. Son dernier ouvrage change de registre et de terrain. Il entend explorer cette "nouvelle ligne de démarcation" que constitue la "question de la sécurité", de part et d'autre de laquelle deux France s'affrontent ou se menacent : celle qui a peur et ne veut voir dans les cités de banlieue que le creuset d'une délinquance - d'une "racaille" - inquiétante, voire le terreau d'un terrorisme islamiste ; et celle qui fait peur mais dénonce les discriminations, le mépris et le racisme dont elle s'estime victime.

Des deux côtés, chacun force le trait jusqu'à la caricature, brandit les anathèmes, fait assaut de mauvaise foi. Coiffée d'un casque bleu républicain et laïque, bien décidée à sortir des impasses dans lesquelles ils conduisent, Caroline Fourest fait l'inventaire de tous les fantasmes dont se nourrissent les deux camps.

Le retour sur les émeutes de 2005 est, à cet égard, très éclairant : violence gratuite, révolte éthnique attisée par les islamistes, émeutiers assimilés aux délinquants, responsabilités imputées aux parents "démissionnaires", à l'école impuissante, à la justice "trop laxiste", à l'immigration, au rap ou à la polygamie... que n'a-t-on entendu ! Et que n'a-t-on entendu, en face, sur la "France raciste", coloniale et "islamophobe", prompte à s'horrifier du meurtre d'Ilan Halimi, mais indifférente au sort des "indigènes de la République".

"POLICE-VOYOU"

En bonne professeur d'éducation civique, l'auteur reprend chaque affirmation, analyse, décortique, invoque les données des chercheurs et les témoignages des acteurs pour mieux démonter les "préjugés" et dénouer les "amalgames". En ces temps de campagne électorale, de diagnostics et de solutions à l'emporte-pièce, ce travail est salutaire. Chacun pourra y piocher une réponse étayée à ses interrogations éventuelles.

Mais Caroline Fourest ne s'en tient pas là. Ce décryptage minutieux débouche sur une adresse aux responsables politiques qui esquisse un véritable réquisitoire contre l'action menée, depuis cinq ans, par Nicolas Sarkozy. Ainsi la politique du tout-sécuritaire "n'a pas généré le calme attendu. Au contraire", assène-t-elle, avant de souligner combien "la police-voyou et la police-spectacle", combien le renoncement à la prévention et à la pédagogie ont attisé la "rage" des banlieues.

Quant à la reconnaissance des organisations musulmanes, au premier rang desquelles l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) intégriste, elle ressemble à un jeu de dupes, tant elle entretient "l'espoir bien illusoire d'acheter la paix sociale dans les banlieues en substituant l'espérance spirituelle à l'espérance sociale". Or, c'est bien cette espérance sociale qu'il importe, pour l'auteur, de replacer au coeur du projet républicain. Contre les intégrismes.

Gérard Courtois
(Le Monde des Livres, 16 février 2007)

par Caroline Brancher publié dans : Lectures
Dimanche 24 décembre 2006

Ce livre de Fiammetta est le plus complet jamais publié à ce jour sur l’extrême droite, toutes tendances confondues (FN, nationaux-radicaux, royalistes, catholiques traditionalistes et provie). C’est le fruit de plus de plusieurs années d'enquête et surtout d’une analyse méthodique de plus de 20 000 mobilisations recensées à partir des journaux et bulletins de ces tendances, l’une des plus grosses bases de données réalisée en Sciences Politiques pour les besoins d’une thèse — dont est tiré cet ouvrage. Ce travail quantitatif permet de donner une image très précise du véritable visage de cette Extrême France, malgré les repositionnements successifs du FN pour ratisser toujours plus large : les patrons comme les ouvriers, les Juifs comme les Arabes.

Loin des illusions produites par la démagogie, Extrême France permet de plonger dans la France que nous vivrions tous si cette extrême droite parvenait un jour au pouvoir. Grâce à la découverte de sa vie communautaire l’aidant à patienter et à supporter de ne pas avoir renversé le cours de l’histoire : une vie militante passée entre messes pour l’âme de fœtus, commémorations de Pétain, concertsde rock identitaire chantant Hitler et nostalgie de l’ancien régime ou de la colonisation.

Certains trouveront peut-être la lecture ardue. Contrairement à d’autres ouvrages, plus grand public, Fiammetta Venner signe ici en en effet un véritable livre de politiste et de recherche. Par-delà un nombre d’informations et de récits impressionants et inédits sur cette nébuleuse, elle dégage une véritable grille d’analyse permettant de mesurer le caractère plutôt « interne » ou « externe » des mobilisations militantes dont pourraient s’inspirer d’autres politologues pour d’autres mouvements. L’extrême droite, ainsi analysée au laser, apparaît comme un réseau militant conforme à ses rêves politiques : tournée vers le passé, la commémoration et l’ « entre-soi ». Un peu « moisie » diraient certains. Un rappel salutaire à l’heure où la nouvelle garde du Front national voudrait se faire passer pour l’incarnation nationale de la modernité.

Caroline Fourest rédactrice en chef de la revue ProChoix

Parution le 2 novembre 2006 chez Grasset  

par Caroline Brancher publié dans : Lectures
Vendredi 21 juillet 2006

Un hors série fort sympathique écrit par Caroline Fourest et Fiammetta Venner et illustré par Charb et Luz.

De l'inquisition jusqu'à nos jours, de Copernic jusqu'à l'affaire des caricatures de Mahomet, ce hors série revient sur toutes les affaires de blasphème en passant par la torture et la mise à mort du chevalier de la Barre, les affaires Salman Rushdie et Scorcese, l'assassinat du cinéaste Théo Van Gogh, la fatwa contre la députée Néerlandaise Ayaan Hirsi Ali ...
Les intégristes juifs, chrétiens et musulmans ont toujours utilisé l'accusation de blasphème pour faire taire toute critique de la religion. Mais, dans les années 80, Bernard Antony, catholique traditionaliste du Front National et fondateur du journal Présent, invente la notion de "racisme anti-chrétien".
Cette nouvelle stratégie, qui consiste à faire passer la critique de la religion pour du "racisme", va bien mieux porté ses fruits que la simple accusation de "blasphème".
Cette stratégie sera ensuite reprise par les intégristes musulmans. "Charlie blasphème" revient d'ailleurs sur l'histoire du mot "islamophobie", ce terme trompeur qui alimente la confusion entre critique de l'islam et haine des musulmans. Le terme "islamophobie" a été inventé par les Mollahs Iraniens pour disqualifier les féministes américaines qui se sont elevées contre l'imposition du foulard alors qu'elles avaient soutenu la révolution islamique en Iran !
Le hors série conclue sur les récentes propositions de loi anti blasphème proposées par les députés Roubaud et Raoult ainsi que sur l'inflitration des islamistes à la commission des droits de l'homme de l'ONU.
La laïcité, seule garante de la liberté de conscience, est un acquis fragile sans cesse remis en question par la folie des intégristes qui veulent modeler un monde sans joie et sans vie ... un monde à leur image.

Caroline Brancher

par Caroline Brancher publié dans : Lectures
Mercredi 17 mai 2006

Tariq Ramadan n’est plus à présenter, il a été la coqueluche des médias et surtout l’ami de certains alter mondialistes refusant de voir en lui un idéologue de l’intégrisme politique.
Après la sortie du livre « tirs croisés, la laïcité à l’épreuve des intégrismes juifs, chrétien et musulman » de Fiammetta Venner et de Caroline Fourest, je savais comme beaucoup d’autres qu’un nouveau livre en préparation allait démystifier le cas Tariq Ramadan, afin de lever le voile qui masque encore la personnalité et les idées du fameux prédicateur...
Je viens donc de recevoir le livre étude écrit par Caroline Fourest.
C’est avant tout, non un travail de description mais d’analyse très méticuleuse, Caroline Fourest ne laissant rien au hasard, apportant les preuves de ce qu’elle avance :
Plus de 600 annotations de bas de pages donnant les références de tel discours, de telle cassette... C’est un travail de Pénélope qui est effectué, livrant une œuvre pleine, très argumentée et passionnante. La première partie évoque le parcours initiatique et politique de Tariq Ramadan, inscrivant sa réflexion et son action dans l’héritage du fondateur des frères musulmans et de son propre père, continuateur de l’œuvre d’Hassan Al Banna.
Il ne s’agit pas de reprocher à Tariq Ramadan son ascendance mais de rappeler, qu’il s’agit pour « l’intellectuel » de reconnaître la filiation politique tout en refusant d’admettre que les Frères musulmans constituaient un groupe violent et réactionnaire : « Tariq Ramadan nie totalement la responsabilité historique de son grand-père dans le développement du recours à la violence au nom de l’islam ».
Après cette entrée en matière, l’auteure analyse les déclarations de Tariq Ramadan, qu’il s’agisse de ses déclarations devant les micros ou devant des parterres d’adeptes ou de jeunes musulmans.
Elle prouve en s’appuyant sur des documents ou des déclarations que le prédicateur a deux discours qui ne s’opposent souvent que sur la forme. « Je dois développer un discours à la mesure de l’oreille de celui qui l’écoute, je dois aussi reconnaître les dispositions de cette oreille »dit-il...Le résultat obtenu est en général conforme aux objectifs visés.
Tariq Ramadan forme, soutient les islamistes les plus radicaux dénonçant les musulmans des lumières qui veulent s’inscrire dans leur époque et devenir des citoyens respectueux des lois de leurs pays.
« Il y a la tendance réformiste rationaliste et la tendance salafi, au sens où le salafi essaie de rester fidèle aux fondements. Je suis de cette tendance-là, c’est à dire qu’il y a un certain nombre de principes qui sont pour moi fondamentaux, que je ne peux pas trahir en tant que musulman »...La messe est ainsi dite au cours d’une interview accordé à Beur FM en novembre 2003 !
C’est une conception globalisante que défend le prédicateur de Genève qui n’hésite pas à s’en prendre à des grands principes comme la laïcité ou la citoyenneté . Il souhaite ainsi réformer la culture et la société de façon à ce que les lois des pays où vit tout musulman aillent vers "plus d’islam".
Il en arrive à montrer son visage intégriste, : il défend une vision patriarcale des relations hommes/femmes, incroyablement bigote sur la sexualité et parle de l’homosexualité comme d’un "déséquilibre" contre-nature... La demande d’un moratoire à propos de la lapidation des femmes au lieu d’une condamnation pure est simple, ne résulte pas d’une simple erreur de casting...
Le double langage ne peut pas masquer la réalité. Le naturel revient très vite au galop.
La troisième partie du livre de Caroline Fourest sur la stratégie et méthode nous rappelle « douloureusement » les alliances que Tariq Ramadan a réussies à nouer avec des intellectuels progressistes, des alter mondialistes, des révolutionnaires et les laïques couvrant objectivement sa politique réactionnaire.
Ces contacts, ces complicités objectives ne peuvent que désespérer tous les musulmans qui en arrivent même à être traités « d’islamophobes » par Tariq Ramadan mais aussi par des Alain Gresh, directeur du Monde diplomatique et chantre du combat social !
Le prédicateur médiatique ne doute de rien, n’évitant pas à avoir recours à la justice...Mais heureusement certains effets boomerang sont bénéfiques.
« Dans son jugement du 22 mai 2003, la cour d’appel de Lyon estime que les discours de prédicateurs comme Tariq Ramadan « peuvent exercer une influence sur les jeunes islamistes et constituer un facteur incitatif pouvant les conduire à rejoindre les partisans d’actions violentes ».
Souhaitons que ce livre, œuvre maîtresse puisse enfin réveiller les consciences endormies et faire comprendre à ceux qui refusent de voir, que Tariq Ramadan a comme premier objectif l’enfermement confessionnaliste de toute une population, obtenu grâce à la caution « anti raciste » de ceux-là même qui sont censés lutter pour les droits de l’homme !

par Jean Francois Chalot (Source : Mouvement des Maghrébins Laïques de France)

« Frère Tariq » discours, stratégie et méthode de Tariq Ramadan par Caroline Fourest chez Grasset 425 pages 19,5 € octobre 2004

par Caroline Brancher publié dans : Lectures
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